« La photographie couleur de Becquerel n’était pas comprise » : Bertrand Lavédrine, co-organisateur du Symposium Edmond Becquerel

18/03/2020

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Bertrand Lavedrine, Professeur du Muséum National d’Histoire Naturelle fut Directeur du Centre de Recherche sur la Conservation (CRC) de 1998 à 2019. Il est co-organisateur du Symposium Edmond  Becquerel qui devait se tenir le 24 mars 2020 à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Il nous explique quelle portée ont eu les travaux d’Edmond Becquerel, notamment sur la photographie couleur. 

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 Quels sont pour vous les objectifs du Symposium Edmond Becquerel ?

L’objectif de ce symposium, c’est d’abord de rendre hommage à un grand scientifique qui est resté dans l’ombre de son fils, Henri Becquerel. Il paraissait important de présenter l’ensemble des contributions qu’Edmond Becquerel a faites et qui ont une importance aujourd’hui. 2020, c’est le bicentenaire de sa naissance, et donc une occasion particulière. Pour nous, il était important de l’organiser au Muséum national d’histoire Naturelle, où les Becquerel ont eu leur laboratoire pendant des décennies. Parmi nos collègues scientifiques, très peu connaissent les contributions d’Edmond Becquerel, que ce soit sa découverte de l’effet photovoltaïque ou ses apports dans l’histoire de la photographie.

Vous avez déjà organisé un colloque autour de Becquerel en 2015 : en quoi différait-il, pour ce qui concerne la lumière et la photographie, de celui de 2020 ?

Nous avions organisé ce premier colloque dans le cadre du programme Convergence de Sorbonne Université. L’objectif était différent : il s’agissait d’évoquer la photographie couleur et sa réception, comment elle avait été envisagée et perçue au XIXe, en particulier dans le contexte des photographies couleurs réalisée par Edmond Becquerel dès 1848. Les apports étaient davantage dans le domaine de l’histoire des sciences et des techniques, et de l’histoire sociale : qu’est-ce que la photographie couleur, hier et aujourd’hui, et qu’est-ce qu’elle apporte sur la perception du médium photographique.

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Nous avons évoqué avec Daniel Lincot les apports d’Edmond Becquerel à la photographie et ses travaux sur la lumière. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Ces apports sont assez ambigus. L’intérêt d’Edmond Becquerel, c’était d’abord la lumière, et comme la photographie est un produit de la lumière, il s’y est intéressé. C’est un peu la vision d’Arago : quand il introduit la photographie, en particulier le procédé du daguerréotype, son objectif est clair : c’est un outil pour les scientifiques, il voit les applications en spectroscopie. C’est ce que va faire Becquerel : il utilise la photographie comme un détecteur, un moyen d’enregistrer ou caractériser les spectres lumineux.

Quels champs de recherche ces travaux ont-ils permis d’ouvrir ?

Au départ, Becquerel a essentiellement utilisé la photographie comme lieu d’expérimentation, mais chemin faisant il a réussi à trouver des applications particulières, parce qu’il a observé des effets. Et le tout premier effet, il le met en évidence dès 1841. Becquerel s’est aperçu que des substances photographiques (halogénures d’argent) qui n’étaient pas sensibles à de grandes longueurs d’ondes (par exemple la lumière jaune ou rouge), le devenaient quand on les exposait très brièvement à des longueurs d’ondes plus courtes (par exemple des lumières bleues ou des UV). Ce phénomène a pu être utilisé pour développer des images : il suffisait après avoir exposé une image dans la chambre obscure de la rendre visible en la “développant” par exposition à des lumières rouges ou jaunes. En 1840, il introduit un procédé de photographie sur papier à base de sels de chrome, d’amidon et d’iode. C’est un procédé qu’on appelle “autopositif” car il produit une image positive à partir d’une image positive. Becquerel le suggère pour reproduire directement des gravures, un genre de photocopie de l’époque. Ce procédé connaîtra très peu de succès car les images sont imparfaites et il ne permet pas la prise de vue. Rappelons qu’à l’époque, les procédés qui permettaient de faire des photographies sur papier donnaient des images inversées : si on reproduisait une gravure en trait noir sur fond blanc, on obtenait alors une reproduction en trait blanc sur fond noir.

En 1848, Edmond Becquerel montre que l’on peut obtenir directement des photographies en couleur sur une plaque de cuivre argenté sensibilisée avec du chlorure d’argent. Il enregistre ainsi le spectre solaire avec ses nuances colorées. ll dénomme ce nouveau type de photographie « images photochromatiques », elles sont considérées comme les premières photographies couleur dans l’histoire de la photographie. Il réalise ainsi directement des photographies couleur sur une plaque sensible, procédé qui avait été appelé de ses vœux dès 1839 par Arago. Rares sont les images photochromatiques qui nous sont parvenues car elles restent sensibles à la lumière, et de surcroît, le procédé ne connut pas d’application photographique. Il faudra attendre l’introduction d’autres procédés pour rendre la photographie couleur populaire.

Quelle est l’actualité des travaux de Becquerel aujourd’hui ?

Aujourd’hui, l’effet Becquerel peut permettre de faire croître sur un substrat d’argent des nanoparticules d’argent pour des applications particulières.  Globalement, ses innovations photographiques n’ont eu qu’un impact limité aujourd’hui mais elle ont contribué à faire évoluer la technique photographique, en particulier en montrant qu’il était possible d’obtenir directement une image couleur, sans l’apport de matière colorante. Au XXe siècle, après le spectaculaire procédé de photographie interférentielle introduit par Gabriel Lippmann et qui lui vaudra le prix Nobel de physique en 1908, on abandonnera l’idée de la photographie couleur directe, pour s’orienter vers des procédés indirects par synthèse additive ou soustractive des couleurs  qui n’ont plus rien à voir avec les aspirations de Becquerel, d’Arago et de nombreux physiciens.  Cependant, si la photographie couleur de Lippmann est parfaitement expliquée et comprise, celle de Becquerel ne l’était pas du tout. Elle a été l’objet d’une recherche doctorale pour déterminer l’origine des couleurs. La tâche était ardue car ces images sont très sensibles et pouvaient être transformées au cours de leur analyse sous rayonnement. Toutefois, il a été possible de mener à bien cette recherche et c’est aussi cela que l’on compte présenter dans le cadre de cette journée dédiée à Edmond Becquerel.

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Bertrand Lavedrine, Professeur du Muséum National d’Histoire Naturelle fut Directeur du Centre de Recherche sur la Conservation (CRC) de 1998 à 2019. Il est co-organisateur du Symposium Edmond  Becquerel qui devait se tenir le 24 mars 2020 à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Il nous explique quelle portée ont eu les travaux d’Edmond Becquerel, notamment sur la photographie couleur. 

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 Quels sont pour vous les objectifs du Symposium Edmond Becquerel ?

L’objectif de ce symposium, c’est d’abord de rendre hommage à un grand scientifique qui est resté dans l’ombre de son fils, Henri Becquerel. Il paraissait important de présenter l’ensemble des contributions qu’Edmond Becquerel a faites et qui ont une importance aujourd’hui. 2020, c’est le bicentenaire de sa naissance, et donc une occasion particulière. Pour nous, il était important de l’organiser au Muséum national d’histoire Naturelle, où les Becquerel ont eu leur laboratoire pendant des décennies. Parmi nos collègues scientifiques, très peu connaissent les contributions d’Edmond Becquerel, que ce soit sa découverte de l’effet photovoltaïque ou ses apports dans l’histoire de la photographie.

Vous avez déjà organisé un colloque autour de Becquerel en 2015 : en quoi différait-il, pour ce qui concerne la lumière et la photographie, de celui de 2020 ?

Nous avions organisé ce premier colloque dans le cadre du programme Convergence de Sorbonne Université. L’objectif était différent : il s’agissait d’évoquer la photographie couleur et sa réception, comment elle avait été envisagée et perçue au XIXe, en particulier dans le contexte des photographies couleurs réalisée par Edmond Becquerel dès 1848. Les apports étaient davantage dans le domaine de l’histoire des sciences et des techniques, et de l’histoire sociale : qu’est-ce que la photographie couleur, hier et aujourd’hui, et qu’est-ce qu’elle apporte sur la perception du médium photographique.

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Nous avons évoqué avec Daniel Lincot les apports d’Edmond Becquerel à la photographie et ses travaux sur la lumière. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Ces apports sont assez ambigus. L’intérêt d’Edmond Becquerel, c’était d’abord la lumière, et comme la photographie est un produit de la lumière, il s’y est intéressé. C’est un peu la vision d’Arago : quand il introduit la photographie, en particulier le procédé du daguerréotype, son objectif est clair : c’est un outil pour les scientifiques, il voit les applications en spectroscopie. C’est ce que va faire Becquerel : il utilise la photographie comme un détecteur, un moyen d’enregistrer ou caractériser les spectres lumineux.

Quels champs de recherche ces travaux ont-ils permis d’ouvrir ?

Au départ, Becquerel a essentiellement utilisé la photographie comme lieu d’expérimentation, mais chemin faisant il a réussi à trouver des applications particulières, parce qu’il a observé des effets. Et le tout premier effet, il le met en évidence dès 1841. Becquerel s’est aperçu que des substances photographiques (halogénures d’argent) qui n’étaient pas sensibles à de grandes longueurs d’ondes (par exemple la lumière jaune ou rouge), le devenaient quand on les exposait très brièvement à des longueurs d’ondes plus courtes (par exemple des lumières bleues ou des UV). Ce phénomène a pu être utilisé pour développer des images : il suffisait après avoir exposé une image dans la chambre obscure de la rendre visible en la “développant” par exposition à des lumières rouges ou jaunes. En 1840, il introduit un procédé de photographie sur papier à base de sels de chrome, d’amidon et d’iode. C’est un procédé qu’on appelle “autopositif” car il produit une image positive à partir d’une image positive. Becquerel le suggère pour reproduire directement des gravures, un genre de photocopie de l’époque. Ce procédé connaîtra très peu de succès car les images sont imparfaites et il ne permet pas la prise de vue. Rappelons qu’à l’époque, les procédés qui permettaient de faire des photographies sur papier donnaient des images inversées : si on reproduisait une gravure en trait noir sur fond blanc, on obtenait alors une reproduction en trait blanc sur fond noir.

En 1848, Edmond Becquerel montre que l’on peut obtenir directement des photographies en couleur sur une plaque de cuivre argenté sensibilisée avec du chlorure d’argent. Il enregistre ainsi le spectre solaire avec ses nuances colorées. ll dénomme ce nouveau type de photographie « images photochromatiques », elles sont considérées comme les premières photographies couleur dans l’histoire de la photographie. Il réalise ainsi directement des photographies couleur sur une plaque sensible, procédé qui avait été appelé de ses vœux dès 1839 par Arago. Rares sont les images photochromatiques qui nous sont parvenues car elles restent sensibles à la lumière, et de surcroît, le procédé ne connut pas d’application photographique. Il faudra attendre l’introduction d’autres procédés pour rendre la photographie couleur populaire.

Quelle est l’actualité des travaux de Becquerel aujourd’hui ?

Aujourd’hui, l’effet Becquerel peut permettre de faire croître sur un substrat d’argent des nanoparticules d’argent pour des applications particulières.  Globalement, ses innovations photographiques n’ont eu qu’un impact limité aujourd’hui mais elle ont contribué à faire évoluer la technique photographique, en particulier en montrant qu’il était possible d’obtenir directement une image couleur, sans l’apport de matière colorante. Au XXe siècle, après le spectaculaire procédé de photographie interférentielle introduit par Gabriel Lippmann et qui lui vaudra le prix Nobel de physique en 1908, on abandonnera l’idée de la photographie couleur directe, pour s’orienter vers des procédés indirects par synthèse additive ou soustractive des couleurs  qui n’ont plus rien à voir avec les aspirations de Becquerel, d’Arago et de nombreux physiciens.  Cependant, si la photographie couleur de Lippmann est parfaitement expliquée et comprise, celle de Becquerel ne l’était pas du tout. Elle a été l’objet d’une recherche doctorale pour déterminer l’origine des couleurs. La tâche était ardue car ces images sont très sensibles et pouvaient être transformées au cours de leur analyse sous rayonnement. Toutefois, il a été possible de mener à bien cette recherche et c’est aussi cela que l’on compte présenter dans le cadre de cette journée dédiée à Edmond Becquerel.

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